L’origine du chien est souvent utilisée comme prétexte pour déterminer son régime alimentaire. Elle essaye de départager les différents partisans du « carnivore strict », « carnivore non strict » et « omnivore ».

Mais quelle est la capacité réelle de digestion de l’amidon chez le chien ?

Quel est le point commun entre un Husky sibérien, ce fameux chien des neiges qui tire les traîneaux et le Chow-chow, ce petit chien poilu au nez écrasé ?

Différenciation entre chien et loup

Malgré des apparences très différentes, le Husky sibérien et le Chow-chow sont les deux races de chien qui se rapprochent le plus, sur le plan génétique, de leur ancêtre commun : le loup gris. Si le Husky a évidemment des traits physiques très ressemblants, la plupart des autres chiens n’ont plus grand-chose à voir avec leur cousin le loup.

Une question demeure cependant : à quel moment, l’espèce Canis lupus (le loup) s’est-il différencié de Canis lupus familiaris, sa sous-espèce qu’elle a réussi à supplanter dans de nombreux pays, à commencer par la France ?

Une histoire vieille de plus de 30.000 ans

Les humains auraient domestiqué certaines espèces de loups gris il y a plusieurs dizaines de milliers d’années. Ce serait ainsi que les premiers ancêtres des chiens sont apparus et ont évolué. Deux études (une chinoise et une suédoise) ont tenté de découvrir à quel moment l’espèce Canis lupus (le loup) s’est différenciée de Canis lupus familiaris (le chien).

Le chien n’est pas apparu en Afrique ou en Europe mais en Asie de l’Est. Les premiers humains préhistoriques délaissent les carcasses des animaux chassés près de leur campement. Les loups, attirés par un peu de chair fraîche, viennent faire les poubelles des Homos Sapiens. Mais pas seulement les poubelles… les loups se délectent également des déjections humaines (beurk).

Une nouvelle étude menée par des chercheurs japonais avance qu’une espèce de loup éteinte depuis plus d’un siècle, appelée “loup japonais” (ou loup de Honshū), serait plus étroitement liée à l’ancêtre des chiens que toutes les autres espèces de loups recensées jusqu’à présent. La découverte a été réalisée après le séquençage génomique de plusieurs loups dont les restes reposent dans des musées japonais.

Les spécimens de loups étudiés appartenaient à l’espèce Canis lupus hodophilax, caractérisée notamment par une taille plus petite et une morphologie plus fine que la majorité des loups gris. Selon les chercheurs, il est possible que certains de ces loups aient évolué vers le loup japonais. Tandis que d’autres ont donné naissance à des chiens en Asie de l’Est. Les conclusions suggèrent donc que Canis lupus hodophilax est le plus proche parent sauvage connu des premiers chiens d’Asie de l’Est, et peut-être même de tous les chiens.

Digestion de l’amidon chez le chien

Erik Axelsson, biologiste à l’Université suédoise d’Uppsala, a comparé les génomes de 12 loups, provenant de divers points du globe, et de 60 chiens issus de 14 espèces distinctes.

Au total, ils ont identifié 36 régions du génome contenant pas moins de 122 gènes impliqués dans le processus de domestication et d’adaptation évolutive du chien. Plus de la moitié de ces régions sont liées aux fonctions cérébrales, notamment au développement du système nerveux. Cela pourrait expliquer les différences de comportement qui séparent le loup du chien domestiqué.

Ce processus s’est accompagné de la sélection de trois gènes (AMY2B, MGAM et SLGT1). Ils jouent tous les trois un rôle-clé dans la digestion de l’amidon. En permettant une meilleure expression de certaines enzymes digestives, ces gènes donnent au chien la possibilité d’assimiler ce glucide complexe. Le système digestif du chien possède de fait une meilleure capacité de valorisation de l’amidon que celui du loup.

Grâce à ces mutations, des amylases sécrétées par le pancréas sont déversées dans l’intestin du chien. Ces amylases découpent l’amidon en tronçons plus petits, jusqu’à leur transformation en glucose. Le glucose passe ensuite dans le sang pour servir de carburant aux cellules de l’organisme.

Cette autre étude nous apprend également que les chiens possèdent de l’amylase salivaire… et même beaucoup pour certaines races. L’amylase salivaire permet de dégrader l’amidon en commençant la digestion dans la gueule.

Evolution du microbiote

Une nouvelle étude sur les différences et similarités entre le microbiote des chiens et du loup, et datant d’avril 2019, montre une chose encore plus incroyable : les chiens, indépendamment de leurs races, ont 6 genres bactériens de moins que le loup et 4 genres bactériens qui leur viennent du microbiote… humain !

Parmi ces genres bactériens humains que les chiens ont acquis, il y a tout particulièrement Faecalibacterium qui sert à métaboliser les glucides et qui possède des caractéristiques anti-inflammatoires et influence positivement la physiologie de l’intestin. Pour en arriver là… les ancêtres de nos chiens ont dû manger pas mal de déjections humaines.

En conclusion

Le chien est un carnivore opportuniste ayant acquis la capacité à digérer de l’amidon. Cette capacité de digestion porte sur des quantités raisonnables et variables en fonction des races.

Le régime alimentaire idéal du chien se compose donc de viandes, de légumes et même d’une part de glucides pour faciliter le transit, nourrir les (bonnes) bactéries de l’intestin et apporter de l’énergie.