Les fibres alimentaires ne peuvent être digérées par l’appareil digestif du chien et du chat. En fonction de leur solubilité dans l’eau, on distingue les fibres solubles et les fibres insolubles. Chacun de ces deux types de fibres agit de manière différente dans l’organisme.

De nombreuses études démontrent les bienfaits des fibres sur la santé gastro-intestinale. Les fibres insolubles (comme la cellulose) stimulent le transit, tandis que les fibres solubles (comme les FOS ou les MOS) favorisent le maintien d’une flore intestinale bénéfique. On les trouve principalement dans les aliments non raffinés comme les céréales, les légumineuses, les légumes et les fruits.

Voyons ensemble les différents types de fibres en détail et pourquoi il est conseillé d’en consommer.

Un peu d’histoire

Le terme de “fibres alimentaires” est apparu à partir des années 70. En 2009, après près de 20 ans de discussions, l’Organisation mondiale de la santé et le Codex Alimentarius ont fourni une définition :

Tous les glucides qui ne sont ni digérés ni absorbés dans l’intestin grêle et ont un degré de polymérisation (DP) d’au moins dix unités monomères

L’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) a donné une définition plus large qui inclut tous les glucides qui ne sont ni digérés ni absorbés dans l’intestin grêle et qui ont un degré de polymérisation d’au moins 3 unités. Les fibres sont donc des enchaînements de sucres d’origine végétale, qui ne sont pas digérées par les enzymes digestives.

La plupart des fibres alimentaires proviennent des parois de cellules végétales : pectines, cellulose, hémicellulose. Certains additifs comme les gommes de guar, les carraghénanes, les amidons résistants ou les oligosaccharides indigestibles sont également considérés comme des fibres.

Les fibres sont… des glucides

Les fibres font partie de la famille des glucides, l’un des 3 macronutriments avec les protéines et les lipides.

D’un point de vue purement chimique, les glucides englobent de nombreux composés que l’on peut différencier par leur degré de polymérisation. Je vous invite à consulter l’article dédié aux glucides pour plus de détails à ce sujet.

D’un point de vue nutritionnel, on distingue deux grandes catégories de glucides. Les premiers sont digérés et absorbés dans l’intestin grêle et produisent de l’énergie à l’organisme. Les seconds ne sont pas digérés ni métabolisés. Il s’agit des glucides non digestibles également connus sous le nom de “fibres alimentaires”.

Notons que les fibres alimentaires peuvent être de deux types : les solubles et les insolubles.

Les fibres solubles (pectines, glucanes, gommes, alginates, inuline…) se situent le plus souvent au cœur des végétaux. Alors que les fibres insolubles (lignine, cellulose, hémicellulose…) se trouvent surtout dans la paroi des végétaux.

Les fibres solubles

Se dissolvent dans l’eau pour former une substance épaisse dans l’estomac semblable à un gel. Elles sont décomposées par les bactéries du gros intestin (fermentation) et favorisent le maintien d’une flore intestinale bénéfique. On les appelle aussi les prébiotiques. Elles vont faciliter par la suite la bonne digestion en empêchant la croissance des mauvaises bactéries.

Certaines fibres solubles peuvent ralentir l’absorption des nutriments au niveau de l’intestin ce qui peut aider à contrôler le niveau de glycémie lors d’un repas.

Les aliments riches en fibres solubles sont les céréales (avoine, seigle, sarrasin, orge), les légumes (carotte, courgette, asperge, pomme de terre, courge), les fruits (orange, pamplemousse, pêche, pomme, prune, coing, fraise, pruneau) ainsi que la pulpe de betteraves ou le psyllium.

Les fibres insolubles

Ne se dissolvent pas dans l’eau et peuvent traverser le tractus gastro-intestinal de manière relativement intacte (partiellement ou totalement fermentées dans le côlon) et ne sont donc pas une source de calories. Les fibres insolubles stimulent le transit pour un bon confort digestif et peuvent également accélérer la vidange gastrique.

Enfin, elles favorisent l’hygiène intestinale en stimulant le renouvellement de la muqueuse digestive.

Les aliments riches en fibres insolubles sont les céréales complètes (blé complet, son de blé, riz complet, boulgour), certains légumes (choux de Bruxelles, épinards, petits pois), certains fruits (rhubarbe, pomme avec la peau, poire, datte, amande), les légumineuses (haricots rouges, lentilles, pois chiche, brocoli) ainsi que les graines de lin ou de chia.

Les FOS et les MOS

Vous avez surement déjà croisé ces deux types de fibres solubles, sans le savoir, sous le nom de :

  • FOS pour “fructo-oligo-saccharides” est l’appellation courante pour les fibres solubles
  • MOS pour “mannan-oligo-saccharides” est l’appellation utilisée pour les fibres de levures

Les FOS sont des fibres alimentaires ayant un goût naturellement sucré. Ils résistent à l’activité enzymatique de l’organisme et l’intestin grêle ne les absorbent pas. Les FOS, sont des fibres fermentescibles. Néanmoins, elles ne sont pas digérées.

Par leur fermentation, les FOS permettent de nourrir directement les cellules du gros intestin. Elles facilitent l’installation d’une flore bactérienne spécifique tout en limitant la prolifération des “mauvaises” bactéries. Un supplément de FOS dans l’alimentation des chiennes reproductrices permet d’augmenter le taux d’anticorps (IgM) présents dans le lait.

La synthèse des FOS s’effectue par un champignon (Aspergillus niger) en présence de sucre. Le champignon sécrète une enzyme qui permet ainsi l’addition de molécules de fructose supplémentaires pour former des FOS.

Concernant les MOS, il s’agit des parois des levures plus exactement. De même que les FOS, ils ont une action bénéfique à l’encontre des “mauvaises” bactéries qui peuplent la lumière de l’intestin. En revanche, leur mode d’action est différent : elles limitent le développement des bactéries pathogènes en les empêchant de venir se fixer sur la muqueuse intestinale.

Les MOS améliorent directement l’efficacité des défenses immunitaires de l’organisme, lui permettant de mieux lutter contre les agents pathogènes. C’est pourquoi, des ingrédients tels que l’extrait de levure contribuent à renforcer les défenses immunitaires intestinales de votre animal.

FOS et MOS sont très utiles en cas de diarrhées et de troubles digestifs.

Chez le chien et le chat

Il n’existe pas de taux de fibres idéal dans la nutrition du chien et du chat. D’après Marianne Diez, professeure de nutrition à l’Université Vétérinaire de Liège, et spécialiste des glucides et des fibres, le taux minimum de cellulose brute dans les croquettes est de 1% pour prévenir de la constipation.

Les taux moyens observés de l’ordre de 5 à 9% de cellulose brute ne semblent pas poser de problème particulier. Néanmoins, il existe et existera toujours une grande sensibilité individuelle. L’aspect des selles permet de s’assurer que la tolérance est correcte. Il n’existe d’ailleurs pas de formes connues de colites spécialement provoquées par les fibres.

Chez le chat, la fermentation intestinale a été initialement considérée comme peu importante. Cependant, une étude de Rochus, Janssens et Hesta vient démontrer le contraire. Un microbiote diversifié a été trouvé dans l’intestin grêle et le gros intestin de chats domestiques confirmant l’hypothèse selon laquelle la fermentation microbienne est importante chez les félins et présente des avantages potentiels pour l’hôte.

Cette seconde étude de 2019 arrive à la même conclusion. Un carnivore strict, comme le chat domestique, héberge un bactériome intestinal qui utilise efficacement les glucides non digestibles. Cela montre bien que le chat, comme le chien, est capable de digérer les glucides non digestibles et particulièrement les fibres végétales.

Si votre chat vous réclame des légumes ou des petits morceaux de fruits, n’en soyez plus étonné !

Quelle quantité de fibres insolubles ?

La quantité minimale de fibres brutes (cellulose brute) se situe entre 1 et 5%. Cela permet d’assurer un bon transit digestif et de maintenir une bonne hygiène intestinale.

Trop de fibres brutes n’est pas forcément une bonne chose : le transit est trop accéléré, les aliments sont moins bien assimilés, et la digestion est moins efficace. A terme, cela risque de nous faire de belles diarrhées ou des inflammations du système digestif. Mieux vaut ainsi éviter les aliments trop riches en fibres brutes (sauf cas particulier).

A contrario, une absence ou insuffisance de fibres brutes dans la ration peut aboutir à des selles plus rares et surtout beaucoup trop dures. La digestion est ralentie, le transit digestif n’est pas assez stimulé et les selles stagnent dans le côlon : on parle alors de constipation. Sur le long terme, une insuffisance en fibres brutes peut entraîner, en plus des inconforts digestifs, des troubles graves comme le développement d’un mégacôlon.

Les légumes et les fruits sont naturellement sources de fibres. Ils ont en plus les avantages d’être riches en eau et peu caloriques. On peut ainsi ajouter des légumes (courgettes, haricots verts, carottes, etc…) pour augmenter le volume de la ration tout en apportant des fibres solubles et insolubles. Les légumes seront préférentiellement donnés cuits afin d’en faciliter la digestion comme l’explique cet autre article sur la cuisson des légumes.