Le calcium et le phosphore dans l'alimentation du chien et du chat

Le calcium (Ca) et le phosphore (P) sont les deux minéraux requis en plus grande quantité par l'organisme du chien et du chat. Particulièrement chez le chien pour qui la croissance est phénoménale.

En effet, un chien de petite taille atteint son poids d'adulte en 9 a 12 mois, tandis qu'un animal d'une grande race atteint 90 à 95% de son poids d'adulte en 12 a 15 mois. La croissance est particulièrement rapide au cours des six premiers mois, période durant laquelle le chien multiplie son poids de naissance par 40 à 50.

Il est donc essentiel de bien contrôler ces deux minéraux importants.

Rôles physiologiques

Le rôle du calcium dans la rigidité des os et des dents est très bien connu. De plus, ce minéral participe activement à la coagulation sanguine, à la transmission de I'influx nerveux, aux activités sécrétoires et membranaires. En bref, c'est un minéral crucial pour l’organisme.

D'autre part, le phosphore concourt à plus de fonctions métaboliques que tout autre minéral : formation osseuse, métabolisme énergétique, intégrité des membranes, métabolisme des acides nucléiques, agent tampon, etc...

Dans son ensemble, le corps contient 0,7% de minéraux, lesquels sont surtout des macro-minéraux : calcium, phosphore, potassium, sel, magnésium, soufre. On estime cependant que la fraction cendres de la ration devrait représenter 5% de la matière sèche pour combler les besoins minéraux des chats et des chiens. En effet, tous les minéraux alimentaires ne sont pas totalement disponibles, on doit donc en augmenter la proportion dans la ration.

II arrive toutefois que, dans les rations commerciales, on rencontre 8 à 10% de cendres, sur base de matière sèche. Ces niveaux ne sont pas nécessairement nuisibles, mais ils indiquent souvent un compromis au niveau de la qualité.

Contrôles physiologiques

L'organisme essaie de maintenir son niveau sérique de calcium (calcémie). Si la calcémie est faible, il va y parvenir de deux façons : en favorisant l'absorption du calcium intestinal et en stimulant la résorption du calcium osseux. Dans le cas contraire, l'organisme favorisera la déposition du calcium dans l'os et l'excrétion rénale du minéral. Des pertes de calcium surviennent aussi lors de la lactation et de la croissance du fœtus. Avec les sécrétions biliaires et pancréatiques, l'organisme peut retourner du calcium dans l'intestin.

Quand la calcémie s'abaisse, surtout à cause d'une diminution du calcium ionisé, l'organisme sécrète une hormone parathyroïdienne (PTH). Cette hormone stimule à son tour la formation du 25-hydroxylase par le foie et du calcitriol par les reins. Ce métabolite de la vitamine D3 agit comme une véritable hormone en favorisant l'absorption intestinale du calcium. De plus, avec l'aide de la PTH, le calcitriol stimule la mobilisation du calcium par la résorption osseuse.

Régulation du calcium et du phosphore

L’hormone parathyroïdienne agit aussi sur le tubule rénal. Elle inhibe d'abord la résorption du phosphate tubulaire et il en résulte une augmentation du phosphate dans l'urine. La parathormone augmente également la réabsorption tubulaire du calcium pour aider à rétablir le calcium dans le sang.

Lorsque la calcémie est élevée, la parathormone est peu active. L'hormone qui réagit le plus à ce moment est la calcitonine. Cette dernière diminue l'apport de calcium nouveau dans le plasma sanguin. Elle renverse donc l'action de la parathormone. Les mécanismes du contrôle de la phosphorémie sont beaucoup moins précis que ceux de la calcémie. De fait, le phosphore sanguin varie énormément en fonction du phosphore alimentaire assimilé.

L’ensemble de ces mécanismes d’autorégulation permet une grande stabilité de la calcémie. Cela réduit à néant l’idée d’effectuer des prises de sang régulières afin de vérifier l’équilibre nutritionnel des alimentations dites "naturelles".

Besoins alimentaires en calcium et en phosphore

Les besoins alimentaires peuvent être exprimés de plusieurs façons. L’apport en grammes pour 1000 kcal d’énergie métabolisable est la façon la plus couramment utilisée.

Selon les normes du National Research Council (NRC) de 2006, pour le chien, les besoins minimaux pour la croissance sont de 2 grammes de calcium pour moins de 2 grammes de phosphore assimilables. Cependant, la ration devra tenir compte de la biodisponibilité de ces minéraux. C'est pourquoi les croquettes ont généralement un niveau de calcium minimum de 1,1% et un niveau de phosphore minimum de 0,8%.

En plus des niveaux à considérer, il est essentiel que le rapport entre les deux minéraux soit respecté. Le NRC 2006 recommande un rapport Ca/P optimal de 1 à 1,5. D’autres sources admettent que ce rapport peut monter jusqu’à 2 pour un animal adulte. Dans tous les cas, il ne doit jamais être inférieur à 1.

Le chat a besoin de 200 à 400 milligrammes de calcium par jour pour son développement osseux. Le chat adulte possède environ 40 grammes de calcium dans son squelette. Le rapport optimal entre calcium et phosphore disponible devrait s'établir de 1 à 1,5 et ne jamais être inférieur à 1.

En ration ménagère, les aliments couramment utilisés ont un rapport Ca/P généralement défavorable. Il est donc absolument nécessaire de corriger les rations ménagères à l’aide d’un complément appelé CMV.

Les dangers du déséquilibre

Il est essentiel pour la santé de l'animal de respecter non seulement les quantités de calcium et de phosphore nécessaires pour son développement, mais aussi le rapport entre les deux éléments.

Chez le chien et le chat, l’alimentation "tout viande" conduit notamment à l'ostéofibrose. Les principaux symptômes de l'ostéofibrose sont l'anxiété et l'anorexie, la déformation douloureuse du squelette ce qui entraine boiteries, postures anormales et démarche plantigrade. Si la déminéralisation osseuse est prononcée, on assiste à des fractures spontanées. On remarque aussi de la parodontose (abcès dentaires, ostéomyélite peridentaires, déchaussement des dents). A cause du haut niveau des phosphates urinaires, on observe aussi des urolithiases à phosphates.

L'autre problème qui survient plus fréquemment encore est celui de la surcomplémentation des rations en calcium. Les éleveurs et les propriétaires de chiens de grande taille sont très tentés de leur donner un supplément de ce minéral, notamment à cause de notions mal comprises sur le rôle du calcium dans la croissance. La première conséquence de cette addition est une calcémie trop importante. Pour contrer cette hypercalcémie, l'organisme sécrète continuellement de la calcitonine menant à un épaississement et une augmentation de la densité osseuse jusqu’à l’ostéopétrose.

Enfin, il y a les alimentations de type Barf ou Raw où le dosage des minéraux est très délicat à cause de l'utilisation d'os charnus. Pour ma part, je déconseille ce type d'alimentation pour les animaux en croissance car il est quasi impossible de gérer correctement les apports en calcium et en phosphore pendant ce stade de vie.

Les carences

Même s'ils sont plus rares, il ne faut pas négliger les risques de carences. Les carences en vitamine D, en calcium et en phosphore sont responsables de l'ostéomalacie chez les femelles nourrices et du rachitisme chez les jeunes. La carence en calcium peut encore être observée chez des animaux nourris seulement avec de la viande (muscles).

La carence en phosphore quant à elle, est souvent secondaire d’une ration très (ou trop) enrichie en calcium.