Lorsque l’on discute croquettes du chat et du chien, le sujet tourne toujours autour des mêmes points mais très (trop) peu de monde évoque le phosphore.

On a tous entendu dire que les glucides sont toxiques, notamment sur les groupes Facebook gérés par des experts autoproclamés. Ou alors cette autre idée reçue, notamment chez certains vendeurs de croquettes, que les protéines données en trop grande quantité ou/et de mauvaises qualités sont néfastes pour les reins.

Et pourtant, ce qui est réellement néfaste et toxique pour les reins de votre animal est une quantité de phosphore trop importante dans son alimentation. Cela peut entrainer une destruction progressive de la fonction rénale amenant à l’insuffisance rénale chronique.

Un sujet étudié depuis longtemps

Cette étude de 1982 montre une expérience réalisée sur deux groupes de chats. Le premier groupe a reçu pendant 1 an une alimentation pauvre en phosphore. Le second groupe a reçu durant la même période une alimentation contenant 1,56% de phosphore sur masse sèche (soit environ 1,4% sur masse brute).

La fonction rénale a été déterminée toutes les deux semaines par des mesures d’azote uréique et de créatinine plasmatique. Mais également par des procédures de clairance initiale et terminale de l’inuline.

Aucun des deux régimes n’a entraîné de changement significatif de la fonction rénale au cours de l’étude. Cependant, l’examen histologique des reins obtenus à l’autopsie a clairement séparé les chats sur la base du phosphore alimentaire. Les reins de chats nourris avec le régime riche en phosphore présentaient une minéralisation, une fibrose et une infiltration de cellules mononucléées. Tandis que les reins de chats nourris avec un régime pauvre en phosphore présentaient peu ou pas de changements.

Protéines, phosphore et maladie rénale

Tout comme le chat, le chien semble lui aussi affecté par un aliment trop riche en phosphore comme le montre cette autre étude datante de 1992. Quatre régimes alimentaires ont été formulés pour contenir 16 à 32% de protéines et 0,4 à 1,4% de phosphore.

Quarante-huit chiens ont été nourris avec le premier régime contenant 16% de protéines et 0,4% de phosphore pendant 3 mois. Ces quarante-huit chiens ont subi au préalable une réduction chirurgicale de leur masse rénale pour induire une insuffisance rénale. Oui, parfois la recherche est cruelle…

Après 3 mois, les chiens ont été répartis en 4 groupes de 12 chiens chacun, avec des valeurs moyennes égales pour le débit de filtration glomérulaire. Au bout de 24 mois, l’ensemble des chiens ont été euthanasiés (désolés…). La survie des chiens était significativement diminuée par le régime contenant 1,4% de phosphore par rapport à celui en contenant 0,4%. Les régimes pauvres en phosphore ont significativement augmenté la période pendant laquelle le débit de filtration glomérulaire est resté stable.

En revanche, la survie n’était pas influencée de manière significative par la quantité de protéines alimentaires.

La toxicité du phosphore chez le chat

Cette vidéo du Dr Sébastien Lefebvre, Maître de conférences en alimentation et nutrition animale chez VetAgroSup, est très intéressante. Elle nous aide à répondre à cette question : le phosphore est-il toxique pour les reins de mon chat ?

La réponse est clairement OUI à partir d’une certaine quantité de phosphore. Les études de Böswald (2018) et de Dobenecker (2018) ont démontré que les aliments trop riches en phosphore digestible entraînent des conséquences néfastes sur le fonctionnement rénal.

Je ne connais pas le taux de phosphore

Votre marque n’indique pas les taux de phosphore et de calcium de ses produits ?

N’hésitez pas à la contacter pour lui demander de vous fournir les taux de minéraux de ses produits. En cas de refus de sa part, je vous invite vivement à changer de marque. Il n’existe aucune raison légale ni secret industriel empêchant d’obtenir cette information.

Voici d’ailleurs la réponse de la FACCO à ce sujet : “Il n’est pas interdit de déclarer le calcium et le phosphore dans la partie constituants analytiques de l’étiquette, il s’agit d’un étiquetage dit volontaire de la part de la société. Cependant, si cette dernière décide de communiquer sur une teneur, la société devra garantir cette teneur aux tolérances analytiques près. Libre à la société d’indiquer une valeur issue d’un calcul théorique obtenue grâce à un logiciel de formulation. Ou une valeur issue d’analyses, dans tous les cas elle est responsable de son étiquetage”.

Les marques les plus transparentes, qui affichent le plus de teneurs, sont celles qui vous garantissent le plus de choses. A l’inverse, celles qui vous disent qu’il est illégal de vous communiquer tel ou tel type d’information vous enfument, clairement. Les marques vétos, elles, communiquent sans problème car elles n’ont rien à cacher…

Principe de précaution

Arrêtez de focaliser sur les glucides, les sous-produits, et toutes les autres idées reçues made in social network car le véritable ennemi pour la santé de vos animaux et avant tout le phosphore en trop grande quantité.

Pour les chats, je recommande d’utiliser une alimentation ne dépassant pas 1,1% maximum de phosphore. Pour les chiens, je recommande d’utiliser une alimentation ne dépassant pas 1,2% maximum de phosphore.

Et bien évidemment, fuyez toute marque ne souhaitant pas divulguer les taux de phosphore et de calcium de ses produits.