Les aliments pour chiens et chats sont nombreux sur le marché. On trouve de tout, partout, à tous les prix… alors comment s’y retrouver dans la composition des croquettes ?

On va oublier tous les arguments marketing de type 100% naturel, croquettes écologiques, sans additifs artificiels, riches en viande ou encore sans sous-produits. On fait l’impasse sur la jolie photo de filet de viande crue ainsi que sur le paysage d’arrière-plan digne de National Geographic.

Il reste quoi ? Le concret ! A savoir les données chiffrées et la liste des ingrédients.

La liste des ingrédients

Sur tous les paquets de croquettes et toutes les boîtes de pâtées, figure la liste des ingrédients. Il s’agit là d’un affichage obligatoire prévu par le règlement CE 767/2009 du 13 juillet 2009.

La réglementation oblige les fabricants à inscrire les aliments par ordre de poids en fonction de leur quantité. Si le premier ingrédient est le maïs, cela sous-entend que le maïs est l’aliment le plus présent dans le produit.

Etant un aliment sec, le plus souvent extrudé, elle contient aussi en quantité plus ou moins importante d’amidon. Maïs, blé, seigle, orge, riz, tubercules et légumineuses sont en effet indissociables de notre croquette pour pouvoir lui conférer sa forme et sa texture. Sans eux, pas de croquette mais une poudre pas très pratique à manger.

Cette liste n’est pas anodine car elle obéit à des règles mais elle présente aussi quelques pièges.

Frais ou déshydratés ?

On retrouve souvent le poulet en 1er ingrédient et c’est super… enfin… ça l’est moins s’il est frais et non déshydraté. Car notre beau poulet frais (40%) est en réalité présent pour moins de 15% dans notre croquette. Pourquoi ? Car le poulet frais, qui est composé d’environ 70% d’eau, va perdre cette eau une fois la croquette cuite.

Et ceci est valable pour TOUS les aliments riches en eau que ça soit de la viande, du poisson ou des légumes frais. On estime que le pourcentage moyen de la quantité réelle après cuisson correspond au quart de la quantité indiquée en frais. Ne vous laissez donc pas (trop) séduire par les pourcentages très élevés de “frais”.

A l’inverse, 15% de poulet déshydraté (ou tout autre ingrédient déshydraté) reste en l’état dans le produit final.

Le nom des ingrédients

Connaissez-vous la différence entre les ingrédients suivants :

  • poulet déshydraté
  • farine de poulet
  • protéines de poulet déshydratées

Et bien… il n’y en a aucune, c’est exactement la même chose à savoir de la farine de poulet déshydraté.

Je vous vois venir, la farine animale vous fait peur car on a tous en tête le scandale de la vache folle. Mais sachez que, comme pour tout, il y a différentes qualités et que le simple fait qu’il soit indiqué “protéines de poulet déshydratées” dans la liste des ingrédients ne renseigne en rien sur la qualité intrinsèque de l’ingrédient utilisé.

Le seul terme officiel qui devrait figurer sur toutes les listes d’ingrédients est “protéines de xxx déshydratées”. Seulement voilà, il existe aujourd’hui une tolérance règlementaire car les consommateurs ne sont pas prêts psychologiquement à lire ce terme.

Certaines dénominations sont ambigües : par exemple, 2 aliments entre 2 virgules comme “, viandes et sous-produits animaux,” ne comptent que pour un ingrédient. Or, il peut n’y avoir que 3% de viandes et 97% de sous-produits, comme l’inverse.

La notion de viande

Il faut se méfier du mot “viande” dans la liste des ingrédients car selon le règlement UE 1017/2017 du 15 juin 2017, le terme de “viande ou viandes” ne peut être employé que si l’on incorpore du muscle squelettique uniquement. Autrement dit, du filet de viande comme on pourrait l’acheter en supermarché ou en boucherie.

Sans préjudice de l’utilisation réglementaire de la catégorie “viandes et sous-produits animaux” dans la composition (liste des ingrédients), les termes “viande ou viandes” ne peuvent être employés que si la matière utilisée est du muscle squelettique

Indique clairement l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP). Or, soyons clairs, en Pet Food ça n’arrive jamais d’avoir du muscle squelettique.

Bien des marques indiquent utiliser de la vraie viande et ceux même si on leur pose la question directement. Alors qu’il s’agit en réalité de VSM (viande séparée mécaniquement) et ça, ça ne peut pas s’appeler de la viande. La VSM est mélangée à de la carcasse et le tout est réduit en farine. Les fabricants utilisent pour leurs croquettes haut de gamme des farines plus riches en viande qu’en os. Dans les croquettes bas de gamme, les farines sont plus riches en os car moins onéreuses à l’achat.

Les marques qui utilisent le terme “viande” sur leur étiquette, soit ne connaissent pas la loi, soit mentent délibérément. Dans les deux cas c’est plutôt inquiétant…

La viande et le poisson frais

Cela rejoint un peu les pièges précédents, mais je trouve qu’il est important de bien comprendre de quoi il retourne.

Lorsqu’on voit “poulet frais” ou “poisson frais” dans la liste des ingrédients, on imagine que ce sont des animaux entiers et vidés qui sont utilisés. En réalité, ce qui arrive en “frais” dans les usines de Pet Food sont des restes de la chaine d’alimentation humaine (donc de qualité de consommation humaine). La plupart du temps cela prend la forme de bacs remplis de reste de poisson ou de viande, le tout baignant dans de la graisse.

Bon appétit !

Viande fraiche dans les croquettes
Saumon frais dans les croquettes

Les photos ci-contre viennent de l’usine de GA Pet Food Partners située en Angleterre. On voit parfaitement les ingrédients frais qui y sont utilisés, ici du canard et du saumon, et on est loin de l’animal complet ou du beau filet de boucherie/poissonnerie. Cela dit, même si cela ne correspond pas à votre imaginaire, ce ne sont pas des ingrédients de qualité médiocre. Au même titre que les farines ne sont pas forcément mauvaises.

GA Pet Food Partners ça ne vous dit rien ? Mais si…. vous connaissez tous des marques utilisant cette usine : Amikinos, Canagan, Eden, Franklin, Thrive, Maison Moulin…

Les sous-produits

Les sous-produits sont des produits secondaires créés en surplus du produit principal. Ils concernent aussi bien les abats de qualité comme le cœur ou le foie que d’autres beaucoup moins digestes comme le poumon ou les mamelles. Le son de blé, est aussi considéré comme un sous-produit négatif  alors qu’il est en réalité très utile pour la bonne digestion. Idem pour la pulpe de betterave, elle est bien moins mauvaise que sa réputation sur le net car ce n’est en rien un déchet de l’industrie sucrière !

Attention aux on-dit du net : les plumes, poils, cornes, sabots, laines ou autre sont exclus de l’alimentation animale. La seule exception est la farine de plume hydrolysée utilisée pour les aliments hypoallergéniques.

Un article complet dédié aux sous-produits animaux est disponible en cliquant sur ce lien.

Le diable est dans les détails

La formule à moindre coût se reconnait par sa liste d’ingrédients très courte et qui ne donne aucun détail.

Le fabricant n’ayant indiqué que le minimum peut ainsi inclure dans sa recette toutes céréales, tous types de viandes, toutes sources animales ou végétales. Il peut ainsi tout changer d’une formule à l’autre avec pour seule contrainte que la formule finale contienne les même taux analytiques. Cette technique permet au fabricant de proposer un produit type toujours même prix en se détachant du prix des matières premières.

La formule fixe garantit à l’inverse la constance des ingrédients d’une fabrication à l’autre.

Une croquette avec une formule fixe, donne le détail de l’ensemble de ses constituants. Elle est en général plus coûteuse car les ingrédients utilisés sont les mêmes quel que soit leur prix d’achat par le fabricant, gage d’un aliment de meilleure qualité. En cas de flambée des prix des matières premières, le fabricant devra augmenter le prix de ses croquettes, ou changer la formulation du produit.

Attention aux listes d’ingrédients à rallonge avec trop de détails !

Cela peut sembler à première vue un gage de qualité et de transparence. En réalité, cela sert plutôt à augmenter virtuellement la quantité d’ingrédients d’origine animale. Ou à diminuer virtuellement les sources d’amidon… car en détaillant chaque ingrédient, la quantité de chacun devient plus faible et recule en position dans la liste des ingrédients.

Les taux analytiques

L’affichage réglementaire des aliments pour animaux est encadré par le règlement CE 767/2009 du 13 juillet 2009, modifié à plusieurs reprises depuis, jusqu’au dernier règlement en vigueur n°2017/2279 du 11 décembre 2017.

Dans les mentions obligatoires, on trouve les pourcentages de :

  • protéine brute
  • matières grasses brutes
  • cellulose brute
  • cendres brutes

Il existe d’autres mentions obligatoires que les fabricants doivent toujours indiquer. Il s’agit des additifs (vitamines, provitamines, zootechniques, oligo-éléments…), des arômes et des conservateurs.

Dans les mentions non obligatoires, on trouve les pourcentages de calcium, de phosphore, d’oméga 6 et d’oméga 3. Il s’agit alors d’un étiquetage dit “volontaire” de la part de la société. Si cette dernière décide de communiquer sur une teneur, la société devra garantir cette teneur aux tolérances analytiques près.

Que ce soit pour les mentions obligatoires ou les mentions volontaires, libre à la société d’indiquer une valeur issue d’un calcul théorique obtenue grâce à un logiciel de formulation, ou une valeur issue d’analyses effectuées par un laboratoire indépendant. Dans tous les cas elle est responsable de son étiquetage.

Il existe une tolérance applicable aux constituants analytiques comme le précise le règlement UE 2017/2279. Je vous invite à regarder de plus près les tolérances pour chaque constituant, notamment en ce qui concerne le calcium et le phosphore. Il est accepté des écarts de +-30% pour ces deux nutriments, ce qui peut aboutir à des rapports Ca/P < 1 sur des productions non suffisamment testées et/ou des marques peu regardantes sur la qualité finale de leurs produits.

Les marques les plus transparentes, qui affichent le plus de teneurs, sont celles qui vous garantissent le plus de choses. A l’inverse, celles qui vous disent qu’il est illégal de vous communiquer tel ou tel type d’information vous enfument, clairement.

Les marques vétos (et autres marques sérieuses) communiquent sans problème car elles n’ont rien à cacher… et les taux qu’elles indiquent sont réels et contrôlés régulièrement.

Au final, c’est quoi une bonne composition ?

Une bonne croquette est composée en majorité de diverses viandes et/ou poissons de qualité ainsi qu’un peu de légumes et/ou de fruits afin d’apporter tous les nutriments essentiels aux besoins de votre animal.

Si vous avez opté pour une croquette riche en protéines avec une composition qui vous semble au top, mais que même après une bonne transition, votre chien ou chat part en diarrhée, alors il ne faut pas insister et trouver une autre référence.

L’analyse seule de la composition ne suffit pas !!!

Elle ne donne que trop peu d’informations sur la digestibilité et la qualité des ingrédients.

L’origine du lieu de fabrication et des matières premières, le niveau de gélatinisation de l’amidon (pour la digestibilité), l’indice de peroxydation (pour la conservation des acides gras), le taux d’hydroxyproline (pour la qualité des protéines), le profil en acides aminés des protéines utilisées, la teneur réelle des protéines d’origine animale, etc… sont autant d’informations qu’aucun particulier ne peut obtenir.

D’où l’importance de corréler l’analyse de la composition à l’analyse des taux afin d’obtenir une vision d’ensemble.