En vente depuis quelques années, les croquettes sans céréales connaissent un très grand succès auprès des propriétaires de chats et de chiens. Quasiment toutes les marques proposent désormais une gamme exempte de maïs, de blé, d’avoine ou d’orge. De nos jours, les croquettes sans céréales sont associées systématiquement à une image de produit haut de gamme.

D’un autre côté, les croquettes sans céréales sont parfois considérées comme un phénomène de mode. Pire, elles seraient à l’origine de certains problèmes de santé avec des compositions très riches en légumineuses. On pense immédiatement aux cas de cardiomyopathies dilatées d’origine nutritionnelle chez le chien.

Nous voulons tous le meilleur pour nos animaux, alors que choisir ? Avec ou sans céréales ?

L’arrivée des croquettes sans céréales

Pourquoi les industriels se sont-ils tous intéressés à la production de croquettes sans céréales ?

On peut tout d’abord citer le problème des mycotoxines expliqué en détail dans cet article. Les céréales, et tout particulièrement le blé ou le maïs, sont touchées par ces métabolites sécrétés par des moisissures. Même si ce point est surveillé et réglementé, l’image des céréales dans les croquettes a été largement écornée par cette problématique.

S’en est suivi l’idée, sur internet, que les céréales utilisées par les industriels de la Pet Food sont de qualité médiocre. Et puis dans la nature, on a jamais vu un carnivore manger des céréales… cela dit on a jamais vu non plus un carnivore se faire un plat de pommes de terre, de pois ou de lentilles.

Chez l’homme, l’allergie au gluten (maladie cœliaque) concerne environ 1% de la population. Chez les animaux, l’allergie au gluten reste rare et ne touche à priori que quelques races de chiens comme le Setter Anglais ou le Border Terrier. L’intolérance au gluten n’a jamais été mise en évidence chez les chats. L’argument “sans gluten” est donc un pur argument marketing qui surfe sur la vague d’une tendance en santé humaine… on est proche de l’anthropomorphisme.

Et puis les régimes “sans” (colorant, additif, conservateur, antioxydant, etc…) ont été à la mode en alimentation humaine, bien avant de l’être en alimentation animale. Le marketing utilise à outrance cette notion de “sans” qui sous-entend “mieux” que les autres car sans tel ou tel ingrédient potentiellement problématique.

Le but premier des industriels est de fournir à leurs clients les produits qu’ils désirent. Les propriétaires d’animaux ont été très largement demandeurs de croquettes sans céréales pour les raisons citées ci-dessus.

Utilité de l’amidon

La fabrication d’aliments secs sous forme de croquettes nécessite l’incorporation d’amidon. Sans cet amidon, il est impossible de donner sa forme aux croquettes qui ressembleraient juste à la poudre. Le site de la FACCO nous propose une vidéo qui détaille toutes les étapes de la fabrication d’une croquette.

Traditionnellement, l’amidon est apporté par des céréales. Les céréales les plus communes sont le blé, l’avoine, l’orge et le maïs. Dans les croquettes sans céréales, l’amidon est apporté par des légumineuses (pois, lentilles, petits pois, soja) ou par des tubercules (pomme de terre, patate douce, manioc).

L’amidon est un glucide complexe apportant de l’énergie facilement métabolisable par l’organisme. Plusieurs études démontrent comment le chien a acquis la capacité génétique de digestion de l’amidon au fil des siècles… un article dédié à ce sujet est disponible ici.

Ne confondez surtout pas l’amidon avec le sucre, cela n’a absolument rien à voir. Vous ne me croyez pas ? Essayez de sucrer votre café avec de l’amidon, vous me raconterez.

Profils nutritionnels

Au niveau nutritionnel, chaque source d’amidon a ses avantages et ses inconvénients :

LES CEREALES
Blé, maïs, orge, seigle, riz, avoine, etc…

AVANTAGES
Riches en vitamines et en sels minéraux intéressants. Riches en fibres (notamment le son de blé).

INCONVENIENTS
Le maïs et le blé présentent un risque plus important de mycotoxines. Nécessitent une bonne expertise de broyage.

LES TUBERCULES
Pomme de terre, patate douce, igname, manioc, etc…

AVANTAGES
Pauvres en protéines mais assez complètes avec certains des acides aminés essentiels. Riches en vitamines C et en vitamines du groupe B.

INCONVENIENTS
Très riches en amidon. Doivent être transformées pour être valorisables.

LES LEGUMINEUSES
Pois, lentilles, petits pois, soja, etc…

AVANTAGES
Elles contiennent des acides aminés essentiels. Riches en minéraux (fer, calcium, zinc, cuivre). Riches en fibres.

INCONVENIENTS
Très riches en protéines végétales. Elles contiennent des facteurs antinutritionnels qui peuvent les rendre difficiles à digérer.

Les légumineuses possèdent un taux relativement élevé de protéines végétales. Les croquettes utilisant cette source d’amidon sont généralement flatteuses en taux de protéines ce qui fausse la qualité réelle du produit. Certaines compositions contiennent jusqu’à 25% de pois ou de lentilles. Cela revient à manger un cassoulet tous les jours avec les petits désagréments de digestion qui vont avec.

Toutes les sources d’amidon ont une digestibilité différente. Cette digestibilité varie en fonction de la nature de l’aliment et des procédés de transformations mécaniques (broyage) et physiques (cuisson, gélatinisation de l’amidon) effectués.

Digestibilité des sources d'amidon dans les croquettes avec ou sans céréales

Graphique d’interprétation des résultats expérimentaux de Rubner (1912), Wolter (1978) et Moore (1980).

De par sa très faible teneur en fibres, le riz est la source de glucides les plus digestes. Cette étude de 2019 montre que les régimes sans céréales sont globalement moins bien digérés chez le chien, à quantité de glucides équivalents, qu’une alimentation à base de céréales.

Transformation et valorisation

En arrivant à l’usine, bien souvent les céréales et pois arrivent entiers et non transformés, “au naturel” dans leurs coques/cosses. Le riz peut se présenter sous une forme très éloignée de notre imaginaire. Soit entier et non décortiqué, soit sous une forme de co-produit des industries agro-alimentaires humaines en petites billes rondes très dures, ou en fragments de riz jugés pas assez esthétiques.

Faire sur place le broyage des céréales et autres sources d’amidon est avant tout effectué dans une optique de coût et de maîtrise des prix par les industriels. Cela n’a l’air de rien, mais le broyage est un véritable défi. La maîtrise de la broyeuse en fonction des conditions extérieures et des ingrédients peut demander jusqu’à plusieurs années d’expérience de la part des équipes en usine.

En étant broyés sur place, les céréales, pois, etc… peuvent être moins bien maîtrisés et des variations de texture voire de digestibilité peuvent apparaître plus facilement dans le produit fini en fonction des productions. Des problèmes de broyeuse entrainent souvent l’apparition de morceaux en excès très durs et fins comme des brindilles dans les croquettes.

Certaines usines utilisent des céréales déjà broyées, sous cahier des charges strict. Cela assure souvent une qualité plus homogène et optimale des matières premières. Mais le tout a un prix !

Les tubercules ont un gros avantage car ils arrivent déjà transformés sous forme de poudre ce qui permet une meilleure digestibilité et de belles moutures. A leurs débuts, cela a surement joué en faveur de la réputation des croquettes sans céréales (à base de pomme de terre) grâce à une meilleure maitrise du process par les industriels donnant de très beaux produits, plus digestes et plus homogènes.

Le savoir-faire des usines

En soi, toutes les usines se soucient de la qualité de leur broyage et essaient de développer une vraie expertise sur ce sujet. Mais toutes ont leurs propres ingrédients fétiches, leurs propres expertises et matériels et ne sont pas à l’abri de loupés.

L’idéal serait de connaître l’expertise de l’usine et ce qu’elle maîtrise le mieux en ingrédients dans l’offre de croquettes produites. Mais ce type d’information est totalement confidentielle et hors de portée des particuliers…

Ne vous fiez donc pas forcément à un ingrédient “idéal” ou à l’inverse à fuir pour éviter les troubles digestifs de votre animal. Le process et la qualité ainsi que la maîtrise de l’ingrédient par l’usine ont aussi leur importance. Un animal sensible à un produit d’une marque pourra supporter la même recette produite par une autre marque.

Quelle qualité de céréales ?

Il n’existe pas vraiment de sous-produits pour les céréales, il y a le grain d’un côté et la paille de l’autre. Les lots de céréales dit “déclassés” sont considérés comme impropres à la consommation humaine car le taux de protéines est trop important ou car les grains sont germés. Les céréales déclassées partent pour l’alimentation d’élevage de bovins, ovins, caprins, etc… c’est ce que l’on appelle le fourrager.

L’industrie française des aliments pour animaux de compagnie utilise environ 738 000 tonnes de matières premières végétales par an. La moitié est des céréales et des protéagineux achetés sous forme de grains entiers ou de farine. Les grains utilisés en Pet Food sont visuellement aussi beaux que ceux utilisés dans l’alimentation humaine.

L’autre moitié est des coproduits d’origine végétale issus d’une première transformation comme :

  • les farines basses : obtenues à partir des derniers cycles de mouture des farines de blé ou de maïs
  • les sons de meunerie : constitués par les couches externes fibreuses du grain et de l’aleurone
  • la pulpe de betterave : les racines tubérisées sont râpées grossièrement et le jus sucré est récupéré par osmose

Ces différents coproduits sont tous issus, comme c’est le cas avec les sous-produits animaux, de la filière alimentaire humaine. Les règlements Européens (CE) 767/2009 et (UE) 68/2013 détaillent les matières premières utilisables dans l’alimentation animale.

Le bon compromis avec le “low grain” ?

Troisième alternative, les croquettes dites low grain contenant des céréales mais en quantités limitées. Du moins, en théorie… car l’allégation low grain n’est pas encadrée par la réglementation, elle regroupe donc un peu tout et n’importe quoi.

Des marques sérieuses qui proposent un low grain correct ça existe. En revanche, il arrive que ce type d’alimentation ne contienne pas que des céréales, mais également un soupçon de pomme de terre ou de patate douce. A mes yeux, c’est un total non-sens… mais au final il y a effectivement moins de céréales dans la composition.

Avec ou sans au final ?

Les industriels se sont adaptés à la demande de leurs clients qui ne voulaient plus de céréales dans les croquettes de leurs animaux, souvent pour les mauvaises raisons.

Les céréales ont été accusées sur internet de causer à peu près toutes les pathologies possibles. En réalité, elles ne sont responsables d’aucun problème de santé connu à ce jour, à part quelques rares allergies.

Vous pouvez privilégier le riz et le maïs, ces deux céréales ne contenant pas les formes les plus allergisantes du gluten. En cas d’allergie suspectée ou réelle, cela représente une alternative crédible aux produits sans céréales. Le riz restant la céréale ayant la plus grande digestibilité.

Vous pouvez également vous tourner vers des produits sans céréales contenant de la pomme de terre ou de la patate douce. Ces sources d’amidon sont bien valorisées d’un point de vue industriel et sont parfois plus digestes que les céréales grâce à une meilleure maitrise du process.

En revanche, on évitera de choisir des marques de croquettes utilisant de grandes quantités de légumineuses (pois, lentilles…).

Ne partez pas du principe que sans céréales rime systématiquement avec qualité supérieure car c’est loin d’être toujours le cas. Ce n’est pas la présence ou l’absence de céréales qui fait la qualité d’une croquette et la simple lecture de l’étiquette ne nous en dit parfois pas suffisamment pour pouvoir trancher. Mieux vaut un excellent produit à base de maïs, qu’un produit à la mode contenant 25% de pois !

Pour bien choisir, concentrez-vous plutôt sur le rapport protido-calorique, le rapport protido-phosphorique, la qualité des protéines, le taux de phosphore ou la présence d’oméga 3.