Vous avez peut-être vu un reportage sur les croquettes diffusé sur la chaîne France 5 et intitulé Quelles croquettes pour nos bêtes. Ce documentaire de 52 minutes a été diffusé pour la première fois en octobre 2017, et rediffusé plusieurs fois depuis.

Cette émission touche en plein cœur le sujet de ce site. Il me parait donc important d’en parler en vous proposant cet article critique et détaillé. Nous allons peser le positif mais aussi le négatif de ce reportage qui est assez court et très (trop) orienté.

Merci à Charlotte Gnaedinger (ingénieure agronome spécialisée en Pet Food) pour son éclairage d’experte sur cette émission.

Les points positifs

Ce reportage met en avant les soucis récurrents de qualité de certains aliments. Mais aussi les dérives marketing qui décrivent souvent un aliment idéal sur le paquet. Non, vous n’achetez pas vraiment le beau canard rôti ou le magnifique blanc de poulet comme affiché sur l’emballage.

Les dérives du marketing

Des dérives en Pet Food, il y en a des tas et même chez les petites marques qui vous parlent de riches en viande ou de croquette naturelle. Certaines ajoutent une étape de process dans la fabrication de leurs aliments (souvent l’enrobage) et ont ainsi l’autorisation d’indiquer “Made In France” sur des croquettes fabriquées en Espagne. D’autres vont se vanter de la mention absence d’OGM alors que ce claim est non réglementaire. Seule la présence d’OGM doit être indiquée. Sinon, cela sous-entend aux consommateurs (vous) que les autres produits en contiennent alors que c’est faux.

Beaucoup de marques continuent d’utiliser le terme viande dans leur liste d’ingrédient alors que ce terme est illégal depuis 2017. Car non il n’y a pas de fibres musculaires striées à 100% dans les croquettes. Sans oublier l’utilisation du terme qualité de consommation humaine lui aussi abusif. Tous les aliments du Pet Food sont à la base de qualité consommation humaine puisqu’ils ont été déclassés en aliments de sous-catégorie 3 pour pouvoir être utilisés dans l’alimentation de nos animaux.

Il ne faut jamais croire les argumentaires sur l’avant des paquets de croquettes ou de pâtées. Ils ne s’appuient le plus souvent sur rien et sont là avant tout pour faire travailler votre imaginaire. A l’inverse, les formulations (croquettes) vétérinaires s’appuient elles sur de vrais études prouvant leur efficacité.

Des produits industriels

C’est très bien de mettre en avant le fait que les croquettes et les pâtées sont des aliments industriels fabriqués dans des usines avec des matières premières qui font parfois pâlir par rapport à ce que l’on imagine donner. Vous vous souvenez de ce magnifique canard rôtie sur l’emballage ? C’est de la farine en fait.

D’où l’importance de bien prendre le temps de regarder la composition des produits que vous achetez aussi bien pour vous que vos animaux. Mais aussi l’importance de se renseigner sur :

  • où est produite cette croquette ?
  • quels sont les contrôles de l’usine et ses exigences qualité ?
  • de où proviennent les matières premières ?
  • quelles sont les analyses effectuées ?

Ces différentes notions sont trop souvent oubliées ou méconnues du grand public.

Mettre en lumière les solutions alternatives d’alimentation du chien et du chat comme la ration ménagère ou le BARF est une très bonne chose également.

Les points négatifs

Encore et toujours une attaque simple et sans recul sur un seul grand méchant mot : les glucides. Et pas n’importe quels glucides, uniquement ceux contenu dans les céréales.

Les glucides

Pourtant, c’est oublier volontairement (ou non) que les croquettes “sans céréales” contiennent aussi un paquet de sources différentes de fibres et d’amidon (surtout les tubercules comme les pommes de terre) et que le mot glucides à lui seul ne veut juste RIEN DIRE DU TOUT !

Parlons un peu du fameux taux de glucides calculé sur une plage… en réalité, ce qui est calculé se nomme l’Extractif Non Azoté. L’ENA correspond aux taux de fibres solubles auquel s’ajoute celui d’amidon (le fameux grand méchant). Déterminer le taux de fibres solubles réel reste difficile et le taux d’amidon est en moyenne de 5 à 10% inférieur au taux d’Extractif Non Azoté que l’on peut calculer.

Il aurait été bien plus intéressant de se pencher sur d’autres informations comme :

  • l’origine du lieu de fabrication et des matières premières
  • le % de gélatinisation de l’amidon (pour la digestibilité de l’aliment)
  • l’indice de peroxydation (pour la qualité de conservation des acides gras voire des produits animaux utilisés)
  • le taux d’hydroxyproline (pour la qualité des protéines)
  • le profil en Acides Aminés des protéines utilisées
  • la teneur réelle des protéines d’origine animale

Finalement, la seule chose à regarder et à prendre en compte sur les paquets sont les données concrètes : la composition et les taux. Et encore les taux restent des données théoriques parfois loin de la réalité de l’aliment, le tout se basant sur des moyennes sans avoir un réel aperçu de la qualité des ingrédients utilisés et sans rien connaître du process de fabrication. Bref c’est très moyen.

Les solutions alternatives

Parler des croquettes, oui mais pourquoi ne pas mentionner d’alternatives ? Comme donner la moitié de l’alimentation de l’animal sous forme de pâtée complète (de qualité et équilibrée) ou de ration ménagère ou même de BARF ?

Mention spéciale sur la séquence BARF en fin de reportage où l’on voit une distribution de viande sur un parking. Distribution effectuée à l’aide d’une fourgonnette non réfrigérée dans un total non-respect de la chaine du froid. On est sérieux ? De plus, ce type de régime alimentaire est complexe à équilibrer et demande un réel savoir-faire. Il ne suffit pas de donner de la viande et des os charnus avec un soupçon de légumes.

Les mycotoxines

Autre sujet, les mycotoxines qui est en soi un point intéressant… mais alors si c’est pour parler uniquement des mycotoxines comme un risque lié uniquement aux céréales, c’est tromper le téléspectateur. Les mycotoxines des pois, pourquoi on n’en parle pas ? Et celles contenus dans la viande ? Les interactions entre-elles ? Et tous les contrôles pour les éviter ?

Les mycotoxines concernent les céréales mais aussi les fruits, noix, amandes, pomme de terre et les produits manufacturés issus de ces filières destinés à l’alimentation humaine. Elles sont également présentes dans les grains, fourrages et aliments composés destinés à l’alimentation animale et peuvent être retrouvées dans le lait, les œufs, les viandes ou les abats, si les animaux ont été exposés à une alimentation contaminée. Voir l’article dédié à ce sujet, en cliquant ici.

Raccourcis et amalgames

En fait la conclusion de ce reportage pourrait être :
Donner des croquettes sans céréales et surtout faibles en glucides ! C’est le top !

Et bien non, ce n’est pas comme ça que cela fonctionne…

On doit aussi regarder les teneurs en minéraux, le taux de phosphore, la qualité globale de la composition… des points qui peuvent s’avérer tout autant nocifs pour l’animal que les glucides tant décriés. Au final, c’est juste donner du grain à moudre à un tas de marques qui elles sont contentes : elles vont surfer sur ces tendances pour vendre leurs produits. Ok les chiens sont des animaux costaux mais pas les chats, ni les chiens âgés, ni les chiots en croissance. Et à voir la recrudescence de références de croquettes riches en tout et surtout en minéraux ou riches en protéines mais avant tout de pois : il y a de quoi avoir peur !

Surtout ne jamais oublier que l’aliment est pour l’animal donc il faut aussi le regarder, lui. Ses selles, son pelage, le maintien d’un bon poids de forme, son appétit et sa vitalité sont des indicateurs clés. C’est l’alimentation dans son ensemble qu’il faut prendre en compte pour bien nourrir son chien ou sont chat : de l’hygiène bucco-dentaire à l’apport de repas complets riches en eau et en viande avec ou sans croquettes à côté.

Un aliment jugé arbitrairement comme “de qualité” mais qui donne des selles molles, des gaz, voire des diarrhées peut tout autant  être à l’origine sur le long terme de pathologies parfois graves.

Conclusion

Il est réellement dommage que Marion Baillot tombe dans le piège des “on-dit” et des raccourcis faciles sur un sujet aussi complexe que la Pet Food. Tout cela pour faire de l’audience et/ou du sensationnel.

Pourquoi ne pas avoir fait intervenir de vrais spécialistes ou professionnels ? Aucun vétérinaire nutritionniste ou ingénieur agronome spécialisé en alimentation animale ne figurent parmi les intervenants. Pourtant, ces deux corps de métier sont en première ligne pour ce type de sujet. A la place de cela, on retrouve des particuliers dont notamment des personnes ayant juste fait le buzz sur internet.

Pour être totalement transparent avec vous, je connais personnellement deux personnes qui ont refusés l’invitation à participer à ce reportage. Parmi ces deux personnes, il y avait justement une ingénieur agronome et un éleveur de chien. Pourquoi avoir refusé l’invitation ? A cause du script déjà écrit et d’un reportage totalement à charge contre la Pet Food avec aucune possibilité de liberté de parole.

Ce reportage est décevant de la part d’un service public comme France Télévision, cela aurait pu être tellement plus sérieux et intéressant… au moins cette émission a eu le mérite de faire réfléchir.